Le Gouvernement a décrété trois jours de deuil national après le tragique accident du 25 septembre à Kenge , qui a coûté la vie à deux hauts magistrats militaires et aux membres de leur délégation.

Bien sûr, c'est juste et c'est mérité. La Nation doit honorer ses dignes fils morts en service.

Mais cette décision, aussi respectable soit-elle, nous oblige à nous poser une question douloureuse, une question de mémoire collective : Qu'en est-il de nos autres morts ?

Qu'en est-il des milliers de civils qui, depuis des années, perdent la vie dans l'Est, dans un silence assourdissant ?

À Beni, à Lubero, au Nord-Kivu et dans les territoires de l'Ituri, ce ne sont pas deux ou trois personnes qui meurent. Ce sont des familles entières qui sont décimées à la machette et aux armes à feu. Ce sont des villages entiers qui se vident. Ce sont des mères, des pères, des enfants qui fuient leurs champs, non pas à cause d'un accident, mais à cause de la barbarie humaine, sous l'activisme sanglant des ADF et de la CODECO.

Pour eux, jamais trois jours de deuil national. Pas même une minute de silence à la télévision nationale. Juste un communiqué qui parle de "quelques morts" et on passe à autre chose.

Et que dire de ces 26 élèves partis en fumée à Bukavu dans l'incendie de leur école ? 26 avenirs brûlés. 26 familles brisées. 26 uniformes qui ne rentreront plus jamais à la maison. Ont-ils eu droit au drapeau en berne ? Bukavu, sous administration de fait du M23, n'a même pas eu droit à ce silence officiel de Kinshasa.

Et si notre mémoire nationale pouvait aussi s'arrêter sur ces victimes ? Pour toutes ces familles, la douleur n'a pas de grade, pas d'uniforme et pas de fonction.

Une vie vaut une vie. Que ce soit celle d'un général à Kinshasa ou celle d'un cultivateur à Mangina, d'un élève à Bukavu ou d'un orpailleur à Djugu. Le sang qui coule à l'Est a la même couleur que celui qui coule ailleurs.

Le deuil national ne pourrait-il pas aussi être un moyen pour la Nation d'honorer la mémoire de ses victimes civiles, particulièrement lorsque des tragédies frappent des communautés entières et provoquent de lourds bilans humains ?

Nous ne demandons pas qu'on ne pleure pas les officiers généraux de notre force loyaliste. Nous demandons qu'on apprenne aussi à pleurer nos civils. Nous demandons que la douleur de Beni, de Lubero et de l'Ituri soit enfin reconnue comme une douleur nationale.

Car à force d'enterrer nos morts dans l'indifférence, c'est la Nation elle-même qu'on enterre.

Pamphlet de Barack Bahumawe Nandwa