Depuis plusieurs mois, de vastes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu demeurent sous contrôle du M23, malgré les tentatives répétées des forces gouvernementales et des groupes de volontaires Wazalendo pour reprendre le terrain. Cette présence prolongée entretient une situation sécuritaire particulièrement instable, marquée par des pillages, des accidents mortels et la dégradation continue des routes, notamment dans le Parc national des Virunga.
Sur l’axe Beni-Butembo-Goma, plusieurs voyageurs rapportent avoir été victimes de braquages ces dernières semaines. Un taximan témoigne ainsi d’un mois de novembre particulièrement violent, « Des hommes armés, habillés en civil, nous ont dépouillés en pleine journée. Nous étions dans une voiture, d’autres dans un camion. » Ces témoignages se multiplient, malgré le déploiement de combattants du M23 autour de certains points stratégiques.
La dégradation alarmante des routes accentue également la vulnérabilité des voyageurs. Dans plusieurs tronçons abrupts du parc, des véhicules ont récemment chuté dans des ravins, causant des morts. Les habitants affirment que ces zones mal entretenues deviennent un terrain idéal pour les coupeurs de route, qui tirent parti de la difficulté des véhicules à manœuvrer pour tendre des embuscades. À l’approche de la saison des pluies, les inquiétudes grandissent, sans intervention, ces axes déjà précaires pourraient devenir pratiquement impraticables.
Pourtant, certains affirment qu’à la suite de la prise de contrôle par le M23, la situation semblait s’être stabilisée. Rasta, chauffeur depuis plusieurs années sur cet axe, explique, « Juste après les affrontements, tout allait bien. On voyait même revenir des animaux disparus depuis longtemps. » Mais le regain de pillages, de braconnage et d'incidents mortels vient désormais contredire cette impression de normalisation. Il y a quelques jours encore, un incident a coûté la vie à plusieurs personnes, dont un enfant.
L’insécurité pousse de nombreux voyageurs à contourner complètement le parc, empruntant une longue route via le Rwanda puis l’Ouganda pour rejoindre Kasindi, Beni ou Butembo. Ce détour devient toutefois un casse-tête administratif : les documents délivrés dans les zones contrôlées par le M23 ne sont pas reconnus par le gouvernement. Faustin, commerçant basé à Goma, témoigne : « À chaque voyage, je dois acheter deux documents. Le M23 les vend 25 dollars, mais les autorités congolaises exigent 45 dollars. C’est devenu insoutenable. » Des observateurs estiment que ce blocage, en plus de son aspect politique, comporte une dimension économique.
Le 27 novembre 2025, l’administrateur du territoire de Nyiragongo, sous contrôle du M23, a également interdit l’entrée des troupeaux dans le Parc des Virunga, annonçant des sanctions pour les contrevenants et un renforcement de la surveillance avec les gardes du parc.
Malgré les médiations toujours en cours, les violations du cessez-le-feu se multiplient. Sous pression américaine, le président congolais s’est engagé à se rendre à Washington le 4 décembre pour signer un accord de paix avec son homologue rwandais. Un pari risqué alors que le M23 contrôle encore de larges portions de l’est du pays.