Invité du LiveSpace du journaliste Stanys Bujakera, le politologue et professeur de sciences politiques à l’Université de Liège en Belgique Bob Kabamba Kazadi est longuement revenu sur la crise à l’Est de la RDC, marquée par la guerre contre l’AFC/M23 à l’Est du pays.

Dressant un tableau sombre de la situation générale en RDC notamment le recul de l'indice de développement et de pauvreté, des salaires impayés, la perte de contrôle de l'État sur plusieurs zones tenues par l'AFC/M23, une gestion défaillante de l'épidémie d'Ebola à l'Est, et la montée d'un discours « natifs contre non-natifs » qu'il qualifie de bombe à retardement pour la cohésion nationale ; le Prof Bob Kabamba a jugé cet état de choses « peu propice à un redressement rapide du pays » : « Je suis parmi les personnes les plus pessimistes concernant l’avenir de la RDC », a-t-il lancé.

Il a également jugé illusoire l'idée de détourner Kigali de cette problématique : « Il n'y a pas moyen de désintéresser le Rwanda en raison d'interconnexions entre les deux pays qui existent depuis toujours », a-t-il ajouté estimant qu’il faut plutôt trouver un terrain de collaboration : « De mon point de vue, il suffit de de transformer les rapports conflictuels que l’on a en rapports d’interdépendance. Et si on y arrive, on va résoudre le problème et le Rwanda ne sera plus vu comme l’agresseur, mais comme un partenaire de stabilisation et de développement profitable à tous », a-t-il soutenu.

Le prof Bob Kabamba qui a avancé qu’il n’y aura plus besoin dans ce cas d’un appareil sécuritaire, a signifié que le Rwanda a besoin de stabilité et de sécurité, et un accès aux mines ; ce qui selon lui est possible dans le cadre de la CEPGL qui a déjà des dispositions allant dans ce sens.

Enfin, faisant remarquer que le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi ne vise pas à résoudre la crise sécuritaire à l'Est de la RDC mais plutôt à construire « un front commun contre le Rwanda », le Prof Bob Kabamba a estimé qu’il est réduit à quelques ralliements de circonstance et va aboutir à un dialogue tronqué et un outil pour espérer passer le cap de 2028. »

Et à ce sujet, il a fait remarquer qu’il ne reste que 17 mois avant la fin du mandat présidentiel, un délai qu'il juge insuffisant pour que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) puisse organiser les élections prévues en décembre 2028 conformément à sa propre feuille de route.

Face à cette impasse, il identifie deux options pour permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi : Un coup d'État déclarant caduque la Constitution actuelle, ou le recours à une loi référendaire qu'il qualifie lui-même d'anticonstitutionnelle, mais présentée comme un moyen de rester dans l'ordre constitutionnel.

Et pour lui, ce scénario fournirait à la rébellion l'argument d'une nouvelle offensive : « Si la rébellion occupe le Katanga, je peux vous dire que Kinshasa ne va pas tenir longtemps », a-t-il déclaré évoquant un possible changement de l'ordre constitutionnel à défaut d'une balkanisation.