Le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, a défendu, lundi 19 octobre 2026, la recommandation de son institution interdisant aux médias et aux acteurs de la communication de donner la parole au Front pour la refondation de la nation (FRN).

Il a notamment exclu toute possibilité pour l’ancien président Joseph Kabila de s’exprimer dans les médias au nom de ce mouvement politico-militaire.

Invité d’un Tweet Space organisé par le journaliste Stanis Bujakera, Christian Bosembe a précisé que cette mesure vise en particulier Joseph Kabila, qu’il présente comme le chef du FRN.

« Il est hors de question de lui accorder la parole, de n’importe quelle manière », a-t-il déclaré, en précisant que sa démarche concerne, selon lui, les fonctions de l’ancien chef de l’État et sa participation présumée à ce qu’il qualifie d’« entreprise criminelle », plutôt que sa personne en tant qu’individu.

Interrogé sur la possibilité pour un journaliste d’interviewer Joseph Kabila afin de le confronter aux faits qui lui sont reprochés, le président du CSAC a maintenu son opposition. Il a notamment évoqué les 18 années passées par l’ancien président à la tête du pays ainsi que sa situation judiciaire, qu’il a présentée comme un élément justifiant la position de son institution.

Le CSAC met en garde contre la propagande

Christian Bosembe a néanmoins affirmé que les journalistes conservent la liberté de rapporter les faits liés au FRN. Selon lui, la distinction entre le traitement journalistique de l’actualité et la propagande repose sur la finalité du contenu diffusé, un critère dont l’appréciation revient, d’après ses explications, au régulateur des médias.

Il a averti que les médias qui chercheraient à glorifier le mouvement, à le légitimer ou à favoriser l’adhésion à ses positions s’exposeraient à des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension. « Sans le moindre remords », a-t-il prévenu.

Pour justifier cette mesure, le président du CSAC s’est référé à l’article 6 de la loi organique régissant son institution, qu’il invoque pour interdire l’apologie du crime et l’incitation à la violence dans les médias. Il a présenté la recommandation comme une mesure préventive, à portée contraignante, destinée à encadrer les contenus avant l’examen d’éventuels cas particuliers pouvant donner lieu à des sanctions.

Cette position soulève toutefois la question de l’équilibre entre les pouvoirs de régulation du CSAC, la prévention de la propagande et les principes de pluralisme de l’information et de liberté de la presse.

Partis politiques suspendus : une distinction entre dirigeants et formations

Abordant la situation des partis politiques suspendus, Christian Bosembe a établi une distinction entre les organisations concernées et leurs responsables. Selon lui, les dirigeants de ces formations peuvent continuer à s’exprimer dans les médias à titre individuel, mais ne peuvent pas le faire au nom de leur parti.

« Les sanctions concernent le parti, pas les individus », a-t-il expliqué, estimant ainsi que la suspension d’une formation politique ne signifie pas nécessairement l’interdiction de toute expression publique de ses membres.

Sur la couverture médiatique des affrontements armés dans l’est de la République démocratique du Congo, le président du CSAC a également mis en garde contre ce qu’il considère comme une présentation mettant sur un pied d’égalité les Forces armées de la RDC (FARDC) et le FRN.

Il a affirmé que le traitement des exactions attribuées au FRN ne pose pas de problème, mais a rejeté l’idée d’attribuer des tueries de civils aux deux camps de manière équivalente. Il a notamment jugé inconcevable que l’armée congolaise s’en prenne à sa propre population, sauf, selon ses termes, dans le cadre d’une « machination ».

Pour Christian Bosembe, la situation ne doit pas être présentée comme un conflit entre deux parties équivalentes, mais comme une rébellion dans un pays qu’il estime agressé.

Liberté de la presse : Bosembe conteste les évaluations internationales

Le président du CSAC a par ailleurs contesté les classements d’organisations internationales, notamment Reporters sans frontières (RSF), concernant la liberté de la presse en RDC. Il a défendu l’idée selon laquelle la situation de la presse congolaise est globalement bonne et mis en doute certains éléments sur lesquels reposeraient ces évaluations.

Il a également soutenu que des journalistes poursuivis par la justice le sont parfois pour des infractions qui, selon lui, ne sont pas directement liées à l’exercice de leur profession. « Vous n’avez pas une immunité journalistique », a-t-il déclaré, rappelant que la qualité de journaliste doit, à ses yeux, être attestée par la détention d’une carte de presse.

Les déclarations de Christian Bosembe interviennent dans un contexte de tensions sécuritaires et politiques en RDC, où le traitement médiatique des groupes armés et des acteurs politiques fait l’objet d’une attention particulière.

La mise en œuvre de la recommandation du CSAC devra ainsi être suivie au regard de ses effets sur le travail des rédactions, notamment leur capacité à informer le public, à confronter les déclarations des différents acteurs et à traiter les questions d’intérêt général dans le respect des règles professionnelles.