Quelle légitimité peut encore revendiquer un parlement qui s'obstine à débattre, comme d’une urgence nationale, sur le changement de la Constitution qui permettrait au Président de la République de briguer un troisième mandat auquel la constitution actuelle ne lui donne pas le droit, alors que notre pays est ravagé par une épidémie meurtrière d'EBOLA, que de larges pans de notre territoire national sont sous occupation étrangère dans l'Est ; que les banques, les frontières et les aéroports sont fermés dans ces territoires occupés, 12 millions de notre population font face à la mort du fait de nos agresseurs et par la famine extrême.
La seule raison de cet acharnement qui s’apparente à un cynisme froid, c’est que sous le régime actuel, les parlementaires reçoivent un salaire mirobolant, un achat des consciences, qui scandalise tout observateur sensé.
Prolonger leur bien-être au détriment de la population devient un point fixe.
Malheur à qui ne soutiendrait pas ce projet funeste pour le pays, bientôt il retrouvera la masse miséreuse.
Dès lors, que la population crève, que le Congo se désagrège, rien et absolument rien n’émeut nos parlementaires.
Le scandale est d'autant plus désolant lorsqu'on voit les élus du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, et de l’Ituri, dont l'actuel Président de l'Assemblée nationale lui-même, élu de Walungu, s'ériger en premiers remparts de cette aventure suicidaire.
Leurs électeurs, eux, n'ont plus accès à leurs champs, plus de liberté de faire leurs commerces pour subsister, et affrontent seuls, sans État, le virus.
L'UDPS, jadis flambeau de la résistance, est devenue le maître d'œuvre d'une forfaiture qui risque de condamner notre pays à sa disparition.
Il est désormais permis de se demander si ce régime n'est pas en connivence avec les rebelles pour la balkanisation du Congo. C'est la survie de la République Démocratique du Congo qui est en jeu.
Messieurs les députés de l’Est, après le référendum, sans vos électeurs, au nom de quelle population allez-vous continuer de siéger au Parlement ? Auriez-vous une légitimité de représenter une population vivant dans un territoire balkanisé ?
Votre anesthésie est très profonde, mais le réveil sera très douloureux dans un pays qui deviendra étranger pour nous tous.
Monsieur le Président, garant du bon fonctionnement des institutions de notre chère République, méfiez-vous des flatteurs, revenez à la raison, avant que l'Histoire ne juge cette trahison impardonnable.
Peuple congolais résistons ensemble pour notre survie. Vive la RDC, une et indivisible.
Par Denis Mukwege