Par Claudel Lubaya

Les prises de parole publiques non coordonnées de plusieurs membres du Gouvernement sur des questions touchant à la défense nationale, à la sécurité, à la cohésion sociale et aux relations extérieures traduisent une désorganisation profonde au sommet de l’État.

Le fait que Félix Tshisekedi procède de manière récurrente à des rappels à l’ordre publics à l’endroit des membres du Gouvernement pour non-exécution de ses instructions révèle une défaillance structurelle de l’autorité exécutive.

Dans un système constitutionnel normal, l’autorité hiérarchique s’exerce par des actes administratifs contraignants (action disciplinaire, instructions écrites, mises en demeure, sanctions disciplinaires, révocations), et non par des admonestations verbales répétées.

Pour l’opinion publique, c’est ennuyant. Pour le pays, c’est honteux.

Transformer le Conseil des ministres en une instance de réitération des insatisfactions présidentielles, sans retombées juridiques ni administratives, témoigne d’une réelle crise de leadership et d’un vide du pouvoir de direction et de contrôle du Président de la République sur l’action gouvernementale.

Cette pratique substitue l’incantation politique à la décision administrative, et l’expression de la déception à l’exercice effectif de l’autorité.

Elle révèle également une désorganisation profonde de la chaîne de commandement gouvernementale.

Le Gouvernement apparaît ainsi dépourvu de cap opérationnel, d’objectifs hiérarchisés et de mécanismes d’évaluation et de sanction, ce qui est contraire aux exigences de bonne gouvernance et de responsabilité administrative.

Dans ce contexte, la Première ministre se trouve réduite à un rôle formel et décoratif, telle un tableau de la Joconde, sans maîtrise réelle de l’appareil gouvernemental.

Or, le chef du Gouvernement est le détenteur du pouvoir de coordination, de direction et de discipline à l’égard des ministres.

Son incapacité chronique à engager la responsabilité disciplinaire d’un membre du Gouvernement, à lui adresser une mise en demeure formelle ou à proposer sa suspension à défaut révocation, révèle une vacance fonctionnelle de l’autorité gouvernementale caractérisée par : l’inexécution des politiques publiques ; l’indiscipline ministérielle et l’irresponsabilité administrative.

Il en résulte un exécutif fragmenté, non gouverné et non gouvernant, où les ministres n’obéissent ni à une ligne politique claire ni à une autorité hiérarchique effective.

Cette situation constitue une violation de l’esprit du principe de responsabilité gouvernementale, pilier de tout État de droit, et explique en grande partie l’inefficacité, l’indiscipline et l’anarchie administrative qui caractérisent actuellement l’action publique.

En tout état de cause, l’absence de cap stratégique, de discipline administrative et de cohérence fonctionnelle au sein de l’Exécutif est à l’image de Tshisekedi lui-même, devenu maître en vide de leadership, y compris sur la cinquantaine de ses ministres.

C’est avec ces méthodes et cette équipe indisciplinée qu’il précipite le naufrage de son pouvoir et entraîne le pays dans le chaos.

Par Claudel Lubaya