Le professeur Jean-Jacques Muyembe a exprimé sa colère face au retard dans la détection de l’épidémie d’Ebola Bundibugyo en République démocratique du Congo, tout en appelant la population à garder son calme.
Dans un entretien accordé le weekend dernier à ACTUALITE.CD après la déclaration de l’OMS classant cette épidémie comme urgence de santé publique de portée internationale, le scientifique congolais a dénoncé « une grande faiblesse dans la surveillance » sanitaire.
Selon lui, les laboratoires de Bunia ne disposaient que de tests capables d’identifier la souche Zaïre d’Ebola, sans reconnaître la souche Bundibugyo, ce qui a retardé le diagnostic de plusieurs semaines.
Les chiffres officiels font état de 246 cas suspects et 80 décès. « En quelques semaines, on a autant de décès. Cela signifie que le virus circule déjà dans la population », a averti le virologue.
Jean-Jacques Muyembe a également confirmé un cas à Goma chez une femme dont le mari est décédé à Bunia. Les équipes sanitaires poursuivent actuellement l’identification et le suivi de ses contacts. En revanche, il a démenti l’existence d’un cas confirmé à Kinshasa, précisant que les tests réalisés à l’INRB se sont révélés négatifs.
Le professeur rappelle toutefois que la souche Bundibugyo présente un taux de mortalité plus faible que la souche Zaïre, autour de 30 % contre plus de 80 %. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est encore approuvé, même si des recherches sont en cours.
Pour lui, l’instabilité sécuritaire en Ituri complique fortement la riposte sanitaire, notamment à cause des déplacements massifs de populations.
Malgré ces difficultés, Jean-Jacques Muyembe reste confiant dans la capacité de la RDC à maîtriser cette nouvelle épidémie. « Sur les 17 épidémies vécues en RDC, 15 ont été gérées sans vaccin ni traitement spécifique. Nous avons des experts capables de contrôler cette situation », a-t-il assuré.