La très controversée problématique de changement de la constitution portée et assumée par le président Félix Tshisekedi qui veut coûte que coûte doter le pays d’une nouvelle constitution, continue de susciter de vives réactions.

Après avoir brièvement évoqué ce sujet dans une interview accordée la semaine dernière au média Africa News, le Prix Nobel de la Paix y est revenu estimant que le lancement de ce débat ne vise qu’à permettre à Félix Tshisekedi de briguer un éventuel troisième mandat au mépris des principes de base de la démocratie en RDC.

Pour l’ancien candidat à la présidentielle de 2023, cette démarche, qui intervient alors que le pays traverse une crise multiforme et fait face à une menace existentielle suite à la dernière guerre à l’Est de la RDC, traduit « la volonté de l’actuel chef de l’Etat congolais à s’accrocher au pouvoir en érigeant un système basé sur le culte de la personnalité, au mépris du principe de l’alternance démocratique, après un bilan désastreux en matière de gouvernance sécuritaire, économique et sociale » : « Comme l’énonce la Constitution, aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’attribuer la souveraineté nationale, qui appartient au peuple. Si certains spéculent déjà sur un probable report des élections prévues en 2028 et un nouveau « glissement » du calendrier électoral, en invoquant des raisons sécuritaires qui priveraient plus de 12 millions de citoyens du Nord et du Sud Kivu de leur participation au scrutin, les mêmes raisons empêcheraient l’organisation d’un référendum national permettant au souverain primaire de s’exprimer sur un changement de la Loi fondamentale », a-t-il avancé dans une déclaration rendue publique ce lundi 18 mai 2026.

Il explique également que cette initiative défie toute cohérence puisqu’elle est portée par ceux qui dénoncent une « Constitution des étrangers » mais qui sont les premiers à brader les minerais stratégiques de la RDC aux puissances étrangères « en contrepartie d’une prétendue garantie de sécurité qui tarde à se mettre en place » : « Ceux qui avaient battu le pavé à travers le pays il y a moins de 10 ans pour s’opposer à la révision constitutionnelle, mettant en péril la vie de jeunes compatriotes, sont aujourd’hui les irréductibles qui remuent ciel et terre pour changer la même Constitution, pourtant verrouillée dans certains articles. Notre pays a un très sérieux problème, non pas de textes légaux inadaptés ou imposés de l’extérieur, mais plutôt de femmes et d’hommes capables de le gouverner efficacement en assurant à la population la paix, la justice, le travail et la dignité pour tous », a-t-il ajouté.

Denis Mukwege a également exprimé « sa profonde préoccupation face au mépris des principes démocratiques affiché de manière décomplexée par la majorité présidentielle » alors que cette nouvelle période d’instabilité institutionnelle risque d’enfoncer la Nation dans une crise politique sérieuse et des tensions qui mettront en péril la cohésion sociale : « Dans ce contexte, nous lançons un appel à un sursaut citoyen pour que la base se réapproprie la Constitution qui énumère nos droits et libertés fondamentales et organise le fonctionnement de nos institutions. Elle énonce à juste titre dans son préambule que ‘’l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme, par leurs multiples vicissitudes, sont à l’origine de l’inversion générale des valeurs et de la ruine du pays’’ », a-t-il signifié disant se joindre à ceux qui soutiennent que le pays se concentre uniquement sur ses priorités existentielles que sont : mettre fin à la guerre dans l’Est et restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

« Nous exhortons le régime en place à ne pas plonger la Nation dans le débat explosif sur la modification du contrat social, notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels. Comme l’énonce l’article 219 de la Constitution : ‘’Aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège’’ et d’après l’article 220 ‘’le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle’’ », a-t-il poursuivi appelant les forces vives du pays « à ne pas sacrifier la République et à œuvrer sans relâche à une voie de sortie de crise juste et durable et non à accorder aux forces d’agression et de déstabilisation une opportunité d’avancer vers la désintégration du pays. »

« Les Congolaises et les Congolais doivent rejeter toute tentative de dérive autoritaire, ne pas cautionner les velléités expansionnistes et éviter toute division pour rester unis face à l’urgence de résoudre les défis existentiels auxquels la Nation doit répondre de concert », a-t-il conclu en lançant « Touche pas à ma Constitution ! ».