Mme Bintou Keita, qui avait succédé en 2021 à Leïla Zerrougui au poste de Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies António Guterres en République démocratique du Congo (RDC) et Cheffe de la MONUSCO, a marqué son mandat par un engagement constant en faveur de la paix dans l’est du pays.

Jean-Pierre La Croix en Viste en RDC
USGPO Jean-Pierre La Croix en Viste en RDC 20 Sep 2024

En tant que journaliste, j’ai eu l’occasion de la rencontrer à plusieurs reprises pour discuter de la situation sécuritaire en RDC et dans la région. La première rencontre a eu lieu le 17 mars 2021, lors de sa toute première conférence de presse, organisée peu après son arrivée, alors que nous étions dans la période de célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars.
J’ai également eu l’opportunité de m’entretenir avec elle dans le cadre d’enquêtes menées avec une agence de presse allemande. Dans ces échanges plus privés, j’ai pu constater combien Mme Keita était profondément engagée dans les questions de paix et de protection des civils, au moment même où la MONUSCO devait gérer une transition complexe vers son retrait progressif.

Bintou Keita avec Samuel ABIBA juste après la conférence de presse ONE UN a Goma

Avec la chef de la monusco après conférence de presse

Si certains la critiquaient aisément depuis les villes dans des hôtels, parfois un verre de champagne à la main la réalité sur le terrain était tout autre. Dans des zones comme l'Ituri et Nord-kivu, marquées par l’insécurité chronique et les déplacements massifs de population, beaucoup affirmaient : « Si la MONUSCO quitte cet endroit, nous la suivrons. » C’est dire à quel point la présence de la Mission demeurait vitale pour de nombreuses communautés.

Durant son mandat, bien que la MONUSCO n’ait pas reçu du Conseil de sécurité le mandat d’intervenir directement sur les lignes de front, les casques bleus surveillaient étroitement les dynamiques militaires. C’est dans ce contexte que le général Benoît Chavant avait alerté les autorités congolaises d’une possible incursion de troupes étrangères sur le sol congolais, peu avant la résurgence du M23.

bintou keita avec gouv mil Consatan Ndima

Rencontre des chefs de l’ONU en RDC avec les autorités militaire lors de l’état de siège, sur la photo Bintou Keita avec Constant NDIMA

Lorsque la MONUSCO a continué à informer sur la capacité militaire du M23 décrite comme celle d’une force professionnelle bien organisée ces alertes ont parfois été mal interprétées sur le plan politique. Les mises en garde exprimées par Mme Keita ont été déformées et exploitées dans le débat public, au point que le porte-parole de la Mission, Mathias Gillmann, a été poussé à quitter le pays à la suite de fortes pressions politiques.

Malgré les critiques, Mme Keita a poursuivi son mandat avec détermination et résilience, conformément aux conseils qu’elle disait avoir reçus du Secrétaire général de l’ONU : « Il faut avoir la peau dure… et être prêt à répéter le mot patience sept fois. »
Son passage restera marqué par une volonté constante de soutenir les forces de sécurité congolaises, de renforcer les institutions de l’État et de protéger les populations, dans un contexte parmi les plus complexes au monde.