Dans la ville de Goma, marquée par l’activité volcanique, les années de guerre et des cycles répétés de violences, des voix s’élèvent pour redonner espoir à une jeunesse en quête d’avenir.
Parmi elles, celle de Sœur Isabelle Matabaro, religieuse de la congrégation des Ursulines de Tildonk et ancienne directrice générale de l’ISAM-Goma, qui appelle à une transformation profonde de la formation universitaire.
Dans une interview exclusive accordée cette semaine à notre rédaction, Sœur Isabelle Matabaro défend une vision claire : celle d’une formation intégrale de l’homme, capable de répondre aux défis actuels.
Elle illustre son propos par son propre parcours académique, qu’elle qualifie de « double profil » : une pédagogie appliquée à la coupe et couture qu’elle enseigne à l’université, combinée à une formation en psychologie psychosomatique suivie à Montréal.
Selon elle, l’essentiel ne réside pas toujours dans de grands moyens : « Parfois, il suffit de peu de choses pour redonner confiance à un jeune », explique-t-elle signifiant qu'un sourire, une écoute attentive, quelques mots bienveillants peuvent suffire à apaiser les doutes et raviver la motivation.
Une fois accompagné, le jeune retrouve progressivement sa force, s’engage dans sa formation et parvient à avancer malgré les difficultés, poursui-t-elle.
Dans un contexte local marqué par l’incertitude, Sœur Isabelle insiste sur la résilience : « Malgré les hauts et les bas de notre environnement, nous continuons à rêver d’un avenir meilleur. Mais pour y parvenir, il ne faut pas baisser les bras. Il faut se battre, collaborer et s’adapter aux réalités actuelles de notre milieu », soutient-elle.
Elle invite également les jeunes diplômés à revoir leur rapport à l’emploi. Elle avance que l’époque où l’on attendait simplement d’être recruté est révolue.
Sœur Isabelle martèle que les formations technologiques et professionnelles proposées à l’ISAM-Goma doivent être perçues comme des outils d’autonomisation : « Le monde du travail est devenu exigeant. Être engagé dans une organisation n’est pas toujours facile. D’où la nécessité d’entreprendre », souligne-t-elle.
S’adressant aux parents, elle met en garde contre une double charge : financer des études universitaires sans encourager l’autonomie après le diplôme : « Il est important d’accompagner les enfants pour qu’ils soient capables, à la fin de leurs études, de se lancer dans le monde professionnel, au lieu de rester dans l’attente d’un emploi hypothétique », insiste-t-elle.
À travers ce message, Sœur Isabelle Matabaro lance un appel à la jeunesse de Goma, transformer les défis en opportunités, et faire de la formation un levier concret d’action et d’indépendance.