Le Sénégal entre peut-être dans une nouvelle zone de turbulences politiques.

Le président Bassirou Diomaye Faye a en effet officiellement mis fin le vendredi 22 mai 2026 aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant un terme à une alliance politique qui avait conduit les deux hommes au pouvoir en mars 2024.

Le décret présidentiel n°2026-1128, lu à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba, acte également la fin des fonctions de l’ensemble du gouvernement, désormais chargé d’expédier les affaires courantes dans l’attente d’une nouvelle équipe ministérielle.

Cette décision marque l’aboutissement d’une crise larvée qui opposait depuis plusieurs mois les deux figures du pouvoir sénégalais.

Présentés naguère comme les symboles d’une alternance historique et d’une nouvelle gouvernance, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient progressivement laissé apparaître des divergences profondes sur la conduite de l’État, les réformes promises et les équilibres politiques internes.

Des tensions politiques devenues publiques

Les premières fissures étaient apparues dès juillet 2025. Ousmane Sonko avait alors publiquement dénoncé un « problème d’autorité », visant implicitement le chef de l’État qu’il accusait de ne pas suffisamment défendre son gouvernement face aux critiques politiques et de ralentir certaines réformes majeures, notamment celles liées à la reddition des comptes et à la gouvernance publique.

Quelques mois plus tard, en novembre 2025, les tensions se sont aggravées lorsque le président Bassirou Diomaye Faye a décidé de relancer la coalition politique qui l’avait porté au pouvoir, en nommant Aminata Touré à sa tête, contre l’avis du parti Pastef dirigé par Ousmane Sonko.

Cette initiative avait été perçue dans les rangs du Pastef comme une remise en cause de l’influence du Premier ministre et comme le signe d’un affrontement désormais ouvert entre les deux camps, sur fond de rivalités présidentielles.

Depuis lors, les déclarations publiques des deux responsables n’ont cessé de traduire l’ampleur du malaise. Début mars 2026, Ousmane Sonko avait même évoqué la possibilité d’un retour dans l’opposition, parlant d’une « cohabitation douce » avec le président. Puis, le 2 mai dernier, Bassirou Diomaye Faye avait affirmé pour la première fois qu’il pourrait limoger son Premier ministre s’il venait à perdre sa confiance en lui.

Vendredi encore, quelques heures avant son éviction, Ousmane Sonko a affiché ses désaccords devant les députés, notamment sur la question sensible du contrôle des fonds politiques alloués à la présidence et à la primature.

Devant les parlementaires, il avait estimé que « le président s’est trompé » et exprimé l’espoir qu’il « reprendra ses esprits », tout en exigeant l’adoption rapide d’un texte de réforme sur ces fonds spéciaux. Selon plusieurs observateurs, cette nouvelle sortie publique aurait précipité une rupture devenue inévitable.

Malgré son limogeage, l’ancien Premier ministre conserve une forte base militante. Peu après l’annonce officielle, les réseaux sociaux sénégalais ont été inondés de messages de soutien accompagnés du slogan « tu ne marcheras jamais seul ».

À Dakar, notamment sur le campus de l’université Cheikh-Anta-Diop et devant la résidence de l’ex-chef du gouvernement à Keur Gorgui, plusieurs centaines de sympathisants se sont rassemblés pour lui témoigner leur solidarité.

Dans un communiqué publié vendredi soir, le Pastef a salué « le travail remarquable accompli par le Premier ministre et son gouvernement », tout en annonçant la préparation du congrès du parti prévu le 6 juin prochain. De son côté, Ousmane Sonko a réagi brièvement sur sa page officielle, affirmant qu’il dormirait « le cœur léger » à Dakar, signe apparent d’une volonté d’assumer pleinement son passage dans l’opposition.

Aucune information n’a encore été communiquée concernant la nomination d’un nouveau Premier ministre ni sur la composition du futur gouvernement. Cette crise ouvre toutefois une nouvelle séquence politique au Sénégal, dans un contexte où les attentes populaires demeurent fortes autour des réformes économiques, institutionnelles et sociales promises depuis l’alternance de 2024.