À la suite des appels lancés par certains élus du territoire de Beni en faveur de la création de milices locales d’autodéfense pour lutter contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), le Professeur Jaribu Muliwavyo, enseignant à l’Université de Goma (UNIGOM), estime que cette option constitue une « fausse bonne idée » susceptible d’aggraver davantage l’insécurité dans l’est de la République démocratique du Congo.

Dans une réflexion adressée notamment aux députés Arsène Mwaka et Kasivita Nzanzu, l’universitaire soutient que l’armement des civils ne représente pas une solution durable face à un mouvement armé aguerri comme les ADF. Selon lui, transformer les populations rurales en acteurs directs du conflit revient à les exposer à des représailles encore plus meurtrières.

« Armer les jeunes d’un village ne fait pas d’eux une armée ; cela en fait des cibles prioritaires », affirme-t-il.

Le Professeur Muliwavyo s’appuie sur plusieurs expériences africaines pour étayer son analyse. Il cite notamment le cas des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) au Burkina Faso, dont la création a été suivie par de violentes attaques de groupes djihadistes contre des villages soupçonnés de soutenir ces structures d’autodéfense.

Il évoque également l’expérience de la Civilian Joint Task Force (CJTF) au Nigeria, où de nombreux volontaires engagés contre Boko Haram ont été victimes d’embuscades meurtrières, tandis que leurs communautés subissaient des représailles sanglantes.

Selon lui, les mêmes risques existent dans l’est de la RDC, où les ADF continuent de mener des attaques contre les populations civiles dans plusieurs localités des territoires de Beni et Lubero.

Au-delà du danger sécuritaire immédiat, l’universitaire alerte sur les conséquences à long terme de la prolifération des groupes armés locaux. Il estime que l’absence de contrôle institutionnel, de formation militaire adéquate et de mécanismes de financement transparents favorise souvent des dérives telles que les exactions contre les civils, les règlements de comptes communautaires, les pillages et le racket.

« Créer une milice, c’est implanter une bombe à retardement au cœur des communautés », prévient-il.

Pour le Professeur Muliwavyo, la multiplication des groupes d’autodéfense traduit avant tout les faiblesses de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes. Il considère que les députés devraient concentrer leurs efforts sur le renforcement des institutions sécuritaires plutôt que sur l’armement des civils.

Parmi les priorités qu’il recommande figurent la réforme structurelle des Forces armées de la RDC (FARDC), l’amélioration de la logistique et de la rémunération des militaires, le déploiement de garnisons professionnelles dans les zones les plus exposées ainsi que le démantèlement des réseaux de soutien aux ADF.

« L’Est de la RDC n’a pas besoin de nouvelles milices hors de contrôle ; il a besoin de l’autorité d’un État fort, juste et protecteur », conclut-il.

Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la persistance des attaques attribuées aux ADF dans la région de Beni, où plusieurs voix réclament des mesures plus radicales pour assurer la protection des populations civiles.