Le Dr. Denis Mukwege est revenu sur la condamnation à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d’Assises de Paris de Roger Lumbala, ancien chef rebelle, pour complicité de crimes contre l’humanité pour des faits commis entre 2002 et 2003 pendant la deuxième guerre du Congo.
Pour le Prix Nobel de la Paix, ce procès est véritablement historique « puisqu’il brise le cycle de l’impunité » qui a toujours caractérisé les crimes commis durant des conflits armés, internes et internationaux, que connait la RDC depuis les années 1990.
Il fait remarquer qu’il s’agit de « la première condamnation par un tribunal indépendant d’un des nombreux auteurs des crimes internationaux », des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises durant ces conflits et qui ont été inventoriés et documentés par les experts onusiens du rapport Mapping qui continue de moisir dans les tiroirs des Nations Unies à Genève : « Je tiens à saluer le courage dont ont fait preuve les victimes, les survivantes de violence sexuelle et les témoins dans cette procédure, malgré les pressions exercées, ainsi que le travail des ONG internationales et congolaises qui ont enquêté les faits incriminés et facilité la participation des victimes et des témoins », avance-t-il dans une déclaration publiée ce mardi 16 décembre 2025.
Soulignant que le ministère public et les parties civiles ont décrit le mode opératoire du Rassemblement des congolais démocrates et nationalistes (RCD-N), le groupe rebelle de Roger Lumbala, soutenu par l’Ouganda et le Mouvement de Libération du Congo (MLC), durant la tristement célèbre « Opération Effacer le Tableau » avec des exécutions sommaires, viols massifs utilisés comme arme de guerre, esclavage sexuel, tortures, travail forcé, pillage, arrestations arbitraires ; Denis Mukwege explique que ces éléments ont permis de caractériser ces atrocités de crimes contre l’humanité commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile.
Ce 15 décembre 2025 la Cour d’Assises de Paris a condamné Roger Lumbala, ancien chef d’un groupe armé, à 30 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité pour des faits commis entre 2002 et 2003 pendant la deuxième guerre du Congo, marquée par une… pic.twitter.com/GeXOyKwSqF
— Denis Mukwege (@DenisMukwege) December 16, 2025
« Ce premier procès devant un tribunal compétent et indépendant ne doit pas être le dernier : il doit être le premier d’une avancée historique vers la justice pour les survivants des atrocités de masse commises en RDC et vers la fin de l’impunité pour les auteurs de ces crimes imprescriptibles », a-t-il ajouté indiquant attendre par ailleurs que d’autres procédures judiciaires relevant de la compétence universelle se déroulent devant d’autres juridictions nationales en Europe, en Afrique ou ailleurs.
Enfin, Denis Mukwege estime que la RDC devrait prendre sans plus tarder des mesures concrètes sérieuses pour enquêter sur les atrocités commises depuis 30 ans et juger les auteurs et les commanditaires, qu’ils soient congolais ou étrangers : « Les autorités congolaises doivent, avec le concours des Nations Unies et des partenaires techniques et financiers, obtenir au plus vite la mise en place d’une juridiction pénale internationale ou internationalisée qui pourra juger les plus haut responsables des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide commis durant ces trois dernières décennies », avance-t-il signifiant que le Parlement congolais doit aussi adopter sans tarder un projet de loi créant des Chambres spécialisées mixtes ou hybrides au sein des Cours d’Appel des Provinces où ces crimes de masse ont été commis pour juger un grand nombre d’autres auteurs présumés de ces crimes.
« Ce premier procès est une première lueur d’espoir et une opportunité pour les victimes congolaises, les survivantes et les communautés qui réclament la fin de l’impunité et qui sont prêtes à partager leurs témoignages devant d’autres juridictions compétentes. Nous avons l’obligation juridique et morale de les soutenir et de répondre à leur soif de justice », conclut-il.