Par Claudel Lubaya

Le sit-in pacifique organisé devant le Parlement le 12 juin dernier constitue un tournant majeur dans la dégradation de la vie politique en République démocratique du Congo. 

Des citoyens venus exercer, dans le respect de la Constitution, leur droit de manifester pour s'opposer au projet de loi référendaire ouvrant la voie à un changement de la Constitution ont été accueillis par une répression brutale.

En répondant aux revendications des manifestants par des gaz lacrymogènes, des arrestations arbitraires, des tirs et le recours à des milices politiques, le pouvoir reconnaît implicitement qu'il ne dispose plus des arguments nécessaires pour convaincre.

Faute d'obtenir l'adhésion populaire, il recourt désormais à la corruption parlementaire, à l'intimidation et à la force pour imposer son projet de changement de la Constitution.

Les images de policiers agissant de concert avec les « Forces du Progrès » pour réprimer des manifestants et saccager les sièges de partis d'opposition constituent un signal d'une extrême gravité.

Elles révèlent la véritable nature d'un système qui substitue la pensée unique à la pluralité démocratique, l'arbitraire à l'État de droit et la violence politique au débat républicain, en totale contradiction avec les idéaux de démocratie et de liberté que l'UDPS prétendait autrefois incarner.

Si la vie humaine n'est plus sacrée à Kinshasa, au pied même des institutions de la République, comment pourrait-elle l'être à Beni, à Butembo, en Ituri ou dans les autres territoires meurtris par les conflits ?

Le mépris affiché à l'égard de manifestants pacifiques prolonge la même indifférence qui, depuis des années, accompagne les tragédies nationales.

Au-delà de la répression, ces événements lèvent toute ambiguïté sur la véritable finalité du projet de changement de la Constitution.

Il ne s'agit ni de moderniser les institutions ni d'améliorer la gouvernance, mais de créer les conditions permettant à Félix Tshisekedi de prolonger son emprise sur le pouvoir au-delà des limites fixées par la Constitution.

A mesure que l'échéance de 2028 se rapproche, la logique du passage en force supplante celle du débat démocratique, au risque d'entraîner le pays dans une crise politique dont les conséquences pourraient être durables.

Acculé par ses propres choix, confronté à une contestation de plus en plus forte et conscient que l'après-pouvoir pourrait ouvrir le temps des comptes sur sa gouvernance, Félix Tshisekedi semble s'être enfermé dans une logique dont il ne perçoit plus d'autre issue que la remise en cause de la Constitution pour prolonger son maintien au pouvoir.

Son avenir politique semble désormais suspendu à un slogan aussi commode que trompeur : « si le peuple me le demande » alors qu'au même moment, ce même peuple qui exprime son opposition dans la rue est dispersé par la force, réprimé par la police et pris pour cible par des milices acquises au pouvoir.

Une autre voie demeure possible : celle du respect de la Constitution, de l'alternance démocratique et du dialogue national. Gouverner, ce n'est pas imposer sa volonté contre son peuple ; c'est accepter que le pouvoir soit limité par la loi et soumis au verdict des urnes.

L'histoire africaine enseigne une leçon constante : partout où la Constitution a été modifiée pour prolonger un mandat présidentiel, les tensions politiques se sont aggravées, les institutions se sont affaiblies et la stabilité de l'État a été compromise.

La République démocratique du Congo ne saurait emprunter cette voie.

Par Claudel Lubaya