Un mois après l’annonce officielle d'une réduction des tarifs du sable à Kasindi-Lubiriha dans le Grand Nord de la province du Nord-Kivu, le soulagement attendu par les constructeurs n'est toujours pas au rendez-vous.

Sur les berges de la rivière Lubiriha, entre la RDC et l’Ouganda ; les prix plafonds fixés par l’État se heurtent à la réalité d'un marché informel et au mécontentement des transporteurs.

Le 22 janvier dernier, l'annonce avait pourtant suscité un réel espoir.

M. Muhasa Amos, responsable du service de l’Économie nationale au poste frontalier, officialisait une baisse des prix pour freiner une inflation jugée « vertigineuse ».

L’objectif était clair : fixer le camion de sable de seconde qualité (dit « Majauné ») à 25 dollars dollar et la première qualité à 30 dollars.

Une bouffée d’oxygène pour une région en pleine reconstruction. Mais un mois plus tard, le constat est amer : les tarifs n'ont pas bougé d'un centime.

Le désarroi des acheteurs

Sur la piste de Kamutsanga, l'activité bat son plein, mais les visages sont fermés : « L’annonce à la radio, c’est une chose, la réalité du terrain en est une autre. J’ai acheté du Majauné avant-hier, on m'a exigé 30 dollars. Pour la bonne qualité, c’est toujours 35 dollars. Rien n'a changé. », soupire un habitant venu s'approvisionner.

Comme lui, des centaines de demandeurs se retrouvent pris en étau entre un arrêté officiel qu'ils pensaient protecteur et des vendeurs qui refusent de plier.

Le bras de fer avec les transporteurs

Pourquoi cette mesure reste-t-elle lettre morte ? Pour comprendre, il faut se tourner vers les transporteurs, rouages essentiels de cette chaîne commerciale.

Pour eux, l’administration a agi de manière unilatérale : « L'Économie s'est basée sur quels critères pour fixer ces prix sans nous consulter ? », s'indigne un vendeur-transporteur propriétaire d'un camion de marque « Canter ».

Il pointe du doigt l'instabilité du prix du carburant et le coût de la vie qui explose : « Nous ne pouvons pas réduire nos marges sans garanties. C’est notre survie qui est en jeu », poursuit-il.

Sans concertation préalable avec les acteurs de l'extraction et du transport, l'arrêté semble s'être fracassé contre les réalités logistiques de la frontière.

Une autorité sans moyens ?

Face à ce blocage, le service de l’Économie nationale tente de sauver la face.

Contacté de nouveau, le chef de service, M. Muhasa Amos, maintient sa position et appelle la population à la vigilance : « S'il y a hausse du prix dans une carrière d'extraction, venez nous alerter pour bien identifier les auteurs », lance-t-il.

Cependant, sur le terrain, l'absence de brigade de contrôle ou de sanctions concrètes rend cet appel peu efficace. Sans mécanisme de suivi, l'annonce de janvier ressemble de plus en plus à un effet d'annonce.

Entre politique et écologie

Au-delà de la simple transaction commerciale, cette crise met en lumière des enjeux plus profonds.

Dans un climat de récupération politique pré-électorale, de nombreux observateurs locaux voient dans ces promesses non tenues des « appâts » destinés à séduire l'électorat, au risque de fragiliser davantage le tissu social.

Enfin, l'extraction massive dans le lit de la rivière Lubiriha soulève une inquiétude écologique majeure.

Entre la quête du gain immédiat pour les transporteurs et le besoin de se loger pour la population, les berges de cette frontière naturelle s'effritent, dans une indifférence quasi générale.