Comme attendu, le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé le vendredi 19 décembre 2025 à l’unanimité le mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo pour un an supplémentaire et ce, dans un contexte de des tractations diplomatiques suite à l’aggravation de la crise marquée par la guerre contre le M23 dans l’Est du pays.

Ce texte défendu par la France est présenté comme « un compromis visant à maintenir les priorités traditionnelles du mandat » tout en tenant compte les récents développements politiques, notamment les processus de paix de Washington et de Doha.

Il a été soutenu par tous les membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, notamment par les États-Unis, favorables à un rôle accru de la mission dans l’appui aux efforts de paix et au cessez-le-feu.

Washington, qui par ailleurs accusé Kigali de continuer avec son soutien au M23, a avancé que le retrait du mouvement rebelle de la ville d’Uvira « n’est pas suffisant », exigeant un recul de leurs positions jusqu’à 75 kilomètres aux alentours de cette entité stratégique en province du Sud-Kivu et ce, « afin de garantir une démilitarisation effective et de favoriser les efforts de paix en cours dans l’Est de la République démocratique du Congo. »

Un texte diversement commenté

De leur côté, la Chine et la Russie ont, à plusieurs reprises au cours des négociations, exprimé leurs réserves, rompant la procédure de silence pour dénoncer « une possible politisation du mandat et une subordination de la MONUSCO à des processus extérieurs au cadre onusien. »

Elles ont plaidé pour une lecture plus prudente et restrictive du rôle de la mission.

Les membres africains du Conseil, réunis au sein du groupe A3 Plus, ont quant à eux insisté sur la mise en avant du leadership africain, notamment la médiation conduite par le Togo sous l’égide de l’Union africaine, ainsi que le rôle des organisations régionales.

Et au finish, ces divergences ont débouché sur un texte de compromis maintenant les effectifs et les priorités clés de la MONUSCO, tout en ouvrant la voie à un appui encadré à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu et à d’éventuelles révisions ultérieures du mandat en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire sur le terrain.

Un mandat qui s’inscrit dans la continuité des opérations de la Mission

En clair, ce nouveau mandat, qui intervient alors que la Mission Onusienne avait entamé un processus de désengagement progressif, notamment avec son retrait du Sud-Kivu après plus de vingt ans de présence ; acte de fait une pause dans ce désengagement qui est désormais conditionné « à un renforcement amélioré et simultané des capacités et de l’autorité de l’État. »

Il précise ainsi que la zone d’opérations de la Mission demeure limitée au Nord-Kivu et à l’Ituri, tout en autorisant des activités de surveillance liées au cessez-le-feu au Sud-Kivu.

Sur le terrain, la MONUSCO est sommée de tenir une ligne étroite : protéger les civils sans se substituer à un État souverain, soutenir les forces congolaises tout en conditionnant son appui au respect du droit international humanitaire.

Le texte rappelle que toute assistance aux opérations conjointes devra être strictement conforme à la « politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme » des Nations Unies, faute de quoi elle sera suspendue.

Sur le plan politique, la résolution soutient les efforts de médiation – de Luanda à Nairobi, de Washington à Doha – tout en réaffirmant le rôle central de l’Union africaine.

Elle autorise la MONUSCO à appuyer la mise en œuvre d’un cessez-le-feu permanent, à condition que celui-ci cesse d’être un horizon diplomatique sans traduction militaire.  Dans un pays où la présence onusienne est régulièrement contestée par une partie de l’opinion, le Conseil insiste enfin sur l’importance d’une « communication stratégique dynamique », appelant la mission à mieux expliquer son mandat et à contrer les campagnes de désinformation qui minent sa légitimité.

Il faut dire que plus de 25 ans après l’arrivée des premières opérations de paix en République démocratique du Congo, la MONUSCO demeure l’une des missions les plus robustes, les plus coûteuses et les plus exposées de l’ONU.

Et sa prolongation reste le symptôme d’un conflit qui résiste aux calendriers, et d’une paix que la communauté internationale, faute d’alternative crédible, continue de tenter de contenir plutôt que de résoudre.

Aussi, malgré son retrait du Sud-Kivu, la MONUSCO dispose toujours à l’heure actuelle de près de 10.000 Casques bleus et plus de 1.000 officiers de police, déployés au Nord-Kivu et en Ituri.