C’est un cri de lassitude qui émane de Beni, ville martyre en province du Nord-Kivu.
Pour Fidèle Mutupeke, l'effervescence entourant l'arrivée du Président de l'Assemblée nationale, Aimé Boji, est le signe d'une déconnexion profonde entre les élites politiques et les aspirations d'un peuple meurtri.
La politique du spectacle face aux massacres
L'indignation de ce leader des jeunes repose sur un contraste saisissant : l'énergie déployée pour l'accueil d'un officiel face à l'inertie constatée dans la résolution des conflits : « Je suis inquiet de voir nos frères et sœurs se mobiliser uniquement pour une personne, simplement parce que c’est sa première arrivée au Nord-Kivu », confie-t-il.
Il pointe du doigt une classe politique qu'il juge plus prompte à l'applaudissement qu'à l'action législative concrète : « Nos députés ne se sont jamais mobilisés avec autant d’énergie pour interpeller le gouvernement sur la question des massacres. Mais aujourd’hui, ils se mobilisent comme jamais pour accueillir un individu », poursuit-il
Le citoyen : « Client » ou « Marchandise » ?
Pour Fidèle Mutupeke, le système actuel tend à déshumaniser la population locale.
Il accuse certains acteurs de transformer la douleur des victimes en fonds de commerce politique ou en réseaux d'influence opaques : « Ceux qui sont censés nous protéger nous considèrent plutôt comme leurs clients, comme des applaudisseurs de leurs intérêts et de leurs mafias », dénonce-t-il avec virulence.
Selon lui, la division politique instillée au sein de la base ne fait qu'accentuer la vulnérabilité des civils face aux groupes armés.
Un appel à l'éveil de la conscience
Face à ce qu’il qualifie de « théâtralisation », Fidèle Mutupeke appelle à un sursaut patriotique.
Pour ce leader d'opinion, le salut ne viendra pas des cortèges officiels, mais d'une prise de conscience collective visant à refuser l'instrumentalisation : « Nous, le peuple, devons nous mobiliser avant tout pour nous sauver des mains de ceux qui veulent nous considérer comme des marchandises », conclut-il.
Alors que les sirènes des escortes retentissent dans les rues de la région, ce message rappelle que dans le Grand Nord de la province du Nord-Kivu, l'exigence de sécurité et de dignité humaine reste la seule véritable priorité, loin des jeux de pouvoir de Kinshasa.