Le 27 janvier 2026 marque la première année depuis la prise de la ville de Goma par le M23.
Sur RFI, Vivian van de Perre, représentante spéciale adjointe du secrétaire général des Nations unies pour la protection et les opérations de la MONUSCO et actuellement cheffe par intérim de la Mission Onusienne qui se trouvait à Goma au moment des combats, est revenue sur cet épisode partageant son témoignage personnel.
« C’est la bataille la plus intense que nous ayons connue dans l’Est de la RDC, de par son ampleur. Elle n’a absolument rien de comparable avec la prise de Goma en 2012. Cette fois-ci, il s’agissait d’une bataille urbaine intense et prolongée. Ces journées ont été un choc par leur intensité et par ce qu’elles ont signifié pour la population de Goma et pour la mission de la MONUSCO, dont le mandat est de protéger les civils », a-t-elle déclaré indiquant que les bases de la MONUSCO étaient touchées, tout comme les résidences de son personnel.
« Nous avons été pris dans des tirs croisés. Il ne s’agissait pas d’une attaque directe contre l’ONU, mais nous étions pris dans les tirs croisés. Dans le même temps, nous recevions des civils et des personnels de sécurité qui avaient besoin de protection, dans toutes nos bases — dans nos bases militaires autour de Goma, comme dans nos bases civiles. Il y avait donc un véritable sentiment d’urgence et une intensité sans précédent », poursuit-elle.
Le M23 de 2025 bien différent du M23 de 2012
Vivian van de Perre réitère que l’actuel M23 n’est pas le même que celui de 2012 : « Le qualifier simplement de groupe armé ou de groupe rebelle ne rend pas compte du niveau d’équipement et d’organisation qu’il a atteint. Et comme nous le savons tous, il bénéficie du soutien de pays voisins, ce qui a été largement établi par différents rapports », ajoute-t-elle signifiant que les combats ayant abouti à la chute de la ville de Goma est en fait « un affrontement qui ressemblait presque à un conflit entre deux armées conventionnelles. »
« L’ampleur des combats était sans précédent. Nous étions désavantagés dans l’utilisation de nos technologies en raison du brouillage très actif des signaux GPS pendant la bataille — et, soit dit en passant, cela se poursuit encore aujourd’hui —, ce qui nous empêchait d’utiliser nos hélicoptères et nos drones. Nous ne pouvions pas utiliser nos équipements technologiques », poursuit-elle soulignant que contrairement en 2012 où le M23 était simplement entré et avait pris le contrôle de la vielle, en 2025, la ville est tombée après une bataille extrêmement intense.
Les bases de la MONUSCO comme un ultime refuge
La cheffe a.i. de la MONUSCO a également rappelé qu’entre 2.000 et 3.000 militaires désarmés des FARDC et de la Police nationale congolaise, ainsi que plusieurs civils de haut profil, ont trouvé refuge dans les bases de la Mission Onusienne à Goma en janvier et y sont restés pendant quatre mois : « À partir du 30 avril 2025, nous avons mené une opération visant à relocaliser en toute sécurité 1.359 d’entre eux vers Kinshasa, en étroite coordination avec le CICR en tant qu’intermédiaire neutre, et en étroite concertation avec le gouvernement de la RDC, en veillant au respect de la sécurité, de la dignité et de la neutralité tout au long du processus. Cette opération a été conduite avec le consentement éclairé des personnes concernées et dans le strict respect des Conventions de Genève. Pendant plus de trois mois, nous avons assuré une protection physique, un hébergement, des soins médicaux et une alimentation à ces personnes placées sous notre responsabilité, alors même que nous n’étions pas équipés pour accueillir un nombre aussi élevé de personnes et que des maladies transmissibles se sont déclarées en raison de la surpopulation », explique-t-elle.
« La MONUSCO est la seule à être encore présente sur le terrain. De nombreux autres acteurs armés et divers groupes ont quitté l’est, qui est aujourd’hui toujours sous contrôle du M23. Mais nous, nous sommes toujours là et nous avons toujours un rôle important à jouer. Nous tenons bon et nous remplissons ce rôle du mieux que nous le pouvons, malgré les restrictions de mouvement. Mais Il viendra un moment où il faudra établir les responsabilités. Eh bien sûr, nous avons documenté tout cela, et le moment viendra », a-t-elle déclaré signifiant que la priorité immédiate est de mettre fin aux combats et de créer les conditions pour que des solutions négociées puissent être instaurées, afin que l'on trouve une solution à cette situation persistante dans l’Est de la RDC, qui dure depuis trente ans et qui semble encore s’aggraver.
Le nouveau mandat de la MONUSCO presque compromis
Pour ce qui est du nouveau mandat de la MONUSCO, Vivian van de Perre a clairement fait savoir que dans les zones contrôlées par le M23, la situation est complexe car la Mission Onusienne n’y a pas véritablement une liberté de mouvement : « Nous pouvons faire entrer et sortir des troupes et du personnel, mais sans aéroport, cela se fait par voie terrestre, ce qui prend plus de temps. Mais les troupes ne peuvent pas patrouiller librement. Le Conseil de sécurité le sait parfaitement. Des pressions sont exercées sur le M23 pour qu’il nous accorde la liberté de mouvement, mais ce groupe pose des conditions que nous ne pouvons pas accepter, car nous ne pouvons pas coopérer avec un groupe armé ayant pris le contrôle d’un territoire souverain de la RDC », explique-t-elle assurant toutefois que la MONUSCO a établi un modus operandi qui lui permet de rester présente dans l’Est de la RDC.
« Cette présence est précieuse, car elle donne un certain espoir à la population : l’ONU est toujours là, la communauté internationale ne les a pas oubliés. Nous utilisons nos réseaux pour surveiller la situation et en rendre compte. Mais les opérations classiques de maintien de la paix que nous menons en Ituri et dans le grand nord ne sont pas possibles dans les zones contrôlées par le M23 », conclut-elle rappelant que la MONUSCO fait partie intégrante du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, y compris sur le plan logistique.