L’inquiétude grandit au sein de la chefferie des Bashu dans le territoire de Beni où la société civile locale dénonce ce qu’elle qualifie d’exploitation minière opaque dans le village de Kitehe.
Selon Maître Maombi Kaghongya, président de cette structure citoyenne, des gisements de cuivre auraient été découverts et seraient actuellement la cible d'activités d'extraction menées par des individus de race blanche, équipés d'engins industriels dans les groupements Isale-Kasongwere et Isale-Vuhovi.
L'alerte n'est pas nouvelle, mais elle prend aujourd'hui une résonance particulière.
Maître Kaghongya affirme avoir saisi les autorités coutumières et administratives dès juillet 2024 par une lettre d'indignation, restée jusque-là sans réponse concrète.
Pour les leaders communautaires, le processus actuel ignorerait les droits fondamentaux des populations autochtones qui se retrouvent spectatrices de l'exploitation de leurs propres terres : « La découverte du gisement du cuivre dans le Graben précisément dans le village kitehe et ses environs fait là une des informations actuellement, en juillet 2024 nous avions saisi le chef de la chefferie des Bashu et la cheffe de la division provinciale en matière par une lettre d'indignation suite à l'exploitation du cuivre dans le Graben et la présence de certaines personnes de race blanche dans cette partie de Bashu avec un engin pour extraire le cuivre et pendant cette période, on voulait instituer une commission pour avoir la part des riverains du site mais aussi la part de l'État. Nous recommandons, pour cette exploitation du cuivre, que toutes les couches soient impliquées dans ce processus que ça soit au niveau politique, coutumier pour que ces personnes apportent leur soutien aux populations autochtones qui doivent être indemnisées préalablement », a-t-il déclaré.
Face à ces graves allégations de spoliation et d'opacité, le silence des autorités interroge.
Contactées à plusieurs reprises, les sources administratives compétentes dans la région de Beni se sont systématiquement réservées de tout commentaire pour l'instant.
Cette absence de communication officielle alimente les tensions sur le terrain, dans une province du Nord-Kivu déjà meurtrie par des décennies de conflits souvent liés au contrôle des ressources naturelles.
Cette situation pourrait toutefois prendre une nouvelle tournure internationale.
Selon des informations non encore officiellement confirmées par Kinshasa, la société américaine African Discovery Group (AFDG), désormais rebaptisée Copper Intelligence, Inc., aurait signé un accord définitif pour l'acquisition de cet actif minier.
Le gisement, dont la licence d'exploration était jusqu'ici détenue par Graben Mining, se situerait précisément dans cette zone de Bashu où les premiers sondages seraient jugés très encourageants par les experts.
Si ce partenariat entre Washington et Kinshasa venait à se concrétiser, il pourrait transformer la région en un pôle stratégique pour les ressources critiques.
Cependant, sur place, des activistes comme Sadam Patanguli continuent de mettre en garde contre une exploitation qui se ferait au mépris des taxes locales et de l'emploi des jeunes, craignant que l'arrivée de géants étrangers dans les villages de Kavasewa ou Kitheghe ne vienne exacerber l'insécurité dans une zone historiquement meurtrie par la présence passée de groupes armés.