C’est un point de passage obligé, mais surtout redouté.
À Mavivi, là où se dessine la limite entre la zone urbaine de Beni et le territoire, la barrière du Fonds national d’entretien routier (FONER) ne se contente plus de sa mission légale.
Elle est devenue, selon les acteurs de terrain, le théâtre d’un racket institutionnalisé.
La « taxe de sécurité », un tarif au tonnage
Le premier grief concerne les services de sécurité. DEMIAP, ANR, police ou encore renseignements militaires : tous se partageraient une cagnotte perçue illégalement sur chaque véhicule.
Ici, pas de quittance, mais une grille tarifaire précise et arbitraire.
Selon Darius Syayira Kasereka, rapporteur de la société civile d’Oicha, les montants exigés varient selon la taille du camion : de 10.000 francs congolais pour une simple camionnette à 80 000 francs (environ 28 dollars) pour un grand porteur de type Actros : « Ces agents sont pourtant payés par l’État, mais ils imposent ces frais avec une rigueur militaire pour des intérêts personnels », s’indigne le défenseur des droits humains.
Doublons et taxes « d'enregistrement »
Le calvaire ne s'arrête pas là. Les services étatiques (DGR/NK, Transcom, Industrie) sont également pointés du doigt.
De nombreux chauffeurs affirment qu'après avoir payé leurs taxes en règle à leur point de départ, ils sont de nouveau contraints de verser des « frais d'enregistrement » à Mavivi.
Plus aberrant encore, la DGDA (douane) est accusée de taxer des marchandises qui circulent pourtant à l'intérieur même de la province, une pratique normalement réservée aux flux transfrontaliers.
« On taxe des vivres destinés à une population déjà meurtrie par les atrocités et la guerre », dénonce un transporteur local.
Un appel au Gouverneur militaire
Le constat est amer pour la population : Ces prélèvements illicites gonflent le prix des denrées de première nécessité sur les marchés.
Malgré les multiples cris d'alarme, les autorités locales — le Maire de Beni et l'Administrateur du territoire — sont accusées d'un « silence tolérant ».
La société civile interpelle désormais directement le Gouverneur militaire du Nord-Kivu, basé à Beni.
Elle l'exhorte à démanteler ce réseau de corruption situé à seulement dix kilomètres de sa résidence, avertissant qu'en l'absence de mesures urgentes, un soulèvement des chauffeurs et de la population n'est pas à exclure.