Dans une ville de l’est de la République démocratique du Congo souvent associée aux conflits et aux crises humanitaires, la jeunesse cherche aussi à raconter une autre histoire. À travers la mode, quatre jeunes apprenantes de l’Alinda Fashion Academy veulent sensibiliser à la protection de l’environnement et faire de leur passion un métier capable de dépasser les frontières.

Foïbe Lucie, Yvette Amuli, Bertille et Letitia sont quatre futures modélistes en formation à l’Alinda Fashion Academy, à Goma. Inspirées par la nature, elles ont confectionné une œuvre représentant un arbre, avec l’ambition d’encourager les habitants de Goma à planter et à protéger les arbres.

L’œuvre a notamment été présentée lors d’une séance photo organisée dans une ancienne mine de sable située au nord de la ville. Dans cet environnement marqué par l’exploitation du sable, les quatre jeunes femmes ont voulu faire passer un message sur l’importance de préserver la nature.

Pour ces futures créatrices, la mode ne se limite pas à l’habillement. Elle peut également devenir un moyen de communication et de sensibilisation.

Elles nourrissent par ailleurs le rêve de devenir de grandes créatrices de mode et de faire connaître leur savoir-faire au-delà des frontières de la RDC.

Cette initiative intervient alors que Goma se prépare à accueillir, en décembre prochain, la deuxième édition du festival Sauti ya Mitindo, placée sous le thème « Jardin ».

Pour Samuel Abiba, acteur culturel, journaliste et chargé de l’organisation du festival, cette initiative illustre l’émergence progressive d’une industrie de la mode dans la ville.

« C’est une industrie de la mode qui est en train de se créer petit à petit dans une ville aussi éloignée des armes. Les talents s’expriment autrement pour montrer le côté positif de cette ville longtemps confrontée aux difficultés. Ici, il y a une jeunesse courageuse dans plusieurs disciplines », explique-t-il.

Selon lui, Goma dispose d'un potentiel culturel important grâce à une jeunesse qui développe des activités à partir de ses compétences et de sa créativité.

Il estime que cette dynamique contribue à changer le regard porté sur la ville et sur sa jeunesse.

« Jardin », un appel à l’unité et à la protection de l’environnement

Le thème de la deuxième édition de Sauti ya Mitindo, « Jardin », s'inspire directement de la diversité de la nature.

« Nous avons choisi ce thème parce que, vous le savez comme moi, la situation que nous vivons chez nous nous pousse à inviter le peuple à l’unité. La beauté d’un jardin réside dans la diversité des couleurs et des fleurs qui poussent les unes à côté des autres pour créer de l’harmonie », souligne Samuel Abiba.

Pour les organisateurs, le thème porte donc un double message : promouvoir la diversité et l’unité au sein de la société, tout en attirant l’attention sur les enjeux environnementaux.

Les changements climatiques constituent également une préoccupation pour les organisateurs. Les épisodes de chaleur extrême observés dans plusieurs régions du monde sont, selon eux, un rappel de la nécessité de renforcer les actions en faveur de l’environnement, notamment à travers la plantation et la protection des arbres.

Du côté de l’Alinda Fashion Academy, l’évolution des apprenantes est perçue comme un signe encourageant.

Aline Sifa Ndaliko, CEO et initiatrice de l’académie, se réjouit de voir les jeunes femmes progresser rapidement dans leur apprentissage. 

« C’est une grande satisfaction de voir qu’elles apprennent vite. Cela nous motive, ensemble avec les corps formateurs qui viennent de partout pour appuyer cette œuvre », affirme-t-elle.

L’académie entend ainsi continuer à accompagner les jeunes désireux de faire de la mode un véritable métier, en développant leurs compétences en création, confection et modélisme.

Une nouvelleédition du Festival d'exposition 

Les quatre futures modélistes pourraient désormais présenter leur création dans le cadre de la deuxième édition du festival Sauti ya Mitindo, prévue en décembre. Leur œuvre, inspirée d’un arbre, s’inscrit pleinement dans l’esprit du thème « Jardin », qui entend mettre en avant la diversité, la créativité, l’unité et la protection de l’environnement.

À travers leurs aiguilles, leurs tissus et leurs créations, Foïbe Lucie, Yvette Amuli, Bertille et Letitia veulent ainsi contribuer à une autre narration de Goma : celle d’une jeunesse qui, malgré les difficultés, choisit de créer, d’entreprendre et de porter des messages positifs à travers son savoir-faire.

Pour les organisateurs du festival, l’enjeu est également de montrer que la culture et la mode peuvent constituer des espaces de résilience et d’expression pour une jeunesse vivant dans une région longtemps marquée par les conflits.